Agression de TLILI : qui veut noyer son chien l’accuse de rage

Les régimes de dictature sont généralement plus “féroces” avec leurs anciens partisans qu’avec les “étrangers”. L’histoire regorge d’illustrations à cette règle “tragi-comique”. La nuit des longs couteaux de Hitler et la loi irakienne qui punit de la peine capitale toute personne ayant appartenu au Baath et le quitte pour un autre parti en sont quelques illustrations. La descente aux enfers de Abderrahmane TLILI est malheureusement du même ordre.

Voilà donc un Monsieur qui débarque, ou plutôt qui a été débarqué, du sommet du parti au pouvoir pour occuper une position que M. Ben Ali, en fin stratège, avait besoin d’occuper : tenir la sensibilité unioniste arabe par quelqu’un des siens et interdire, par la force de la loi, toute formation d’un autre parti se réclamant de la même sensibilité. Dans cette stratégie, Abderrahmane TLILI était en “service commandé” comme disent les militaires.

Et comme dans les conquêtes arabes les combattants avaient droit aux “tributs” guerriers, Abderrahmane TLILI se sentait également en droit, de par son rôle de combattant pour le triomphe de la stratégie “guerrière” de M. Ben Ali, de s’approprier des “tributs”.

Il le faisait depuis des années, sous diverses formes, et avec les proches du président Ben Ali lui-même et nous ne pensons pas une seule seconde que M. Ben Ali l’ignorait. Que s’est-il donc passé qui puisse justifier ce “retour de manivelle” ?

Ce ne sont sûrement pas les quelques fuites propagées par Internet sur les propriétés de Abderrahmane TLILI qui puissent l’expliquer. Après tout, Sihem Ben Sedrine avait dévoilé devant des millions de spectateurs le cas, autrement plus concret et chiffré, de M. Moncef Trabelsi, sans que ce dernier soit inquiété le moins du monde.

Le régime sait faire la sourde oreille et il le fait bien. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’explication est politique et nullement “affairiste”.

Abderrahmane TLILI a en effet créé la surprise dans son allocution devant le congrès du RCD auquel il était invité, en appelant à la formation d’un front national avec ce parti pour soutenir un seul candidat : M. Ben Ali.

A première vue, cela semble procéder d’un excès de zèle dans le soutien à M. Ben Ali, mais en fait, cela exprime plutôt un refus de jouer encore une fois le figurant de service, qu’il a joué à maintes fois auparavant. Abderrahmane TLILI semble penser que ce rôle était honorable lorsque le régime était dans sa pente ascendante, mais qu’il ne l’est plus à présent que le régime a largement entamé sa pente descendante. Cela signifie tout simplement que l’on peut très bien faire des affaires juteuses et avoir des ambitions politiques.

Mais “ruer dans les brancards” lorsqu’on a été aussi intimement mélé aux affaires du régime, dans tous les sens du terme, ne peut pas être sans danger. Pour bien moins que cela Slim Chiboub, Kamel Ltaief et Hédi Jilani ont eu les “ailes coupées”. Et c’est ce que le régime semble décidé à faire avec TLILI. L’UDU va être décapité et un nouveau secrétaire général, plus docile, et surtout disposé à tenir le rôle de “figurant” va bientôt être nommé, Abderrahmane TLILI va être poussé à “rendre gorge”, et si la correction reçue ne suffit pas pour lui faire comprendre ce qu’il doit faire, le procès en préparation finira bien par le mettre là où il aura largement le temps d’y réfléchir.

Voilà à quoi la politique dans notre pays a été réduite ! Tout en dénonçant les méthodes “barbouzardes” qui nous font honte, en tant que tunisiens, et que le régime semble vouloir développer, dans l’intention de terroriser toute velléité de sortir des rangs, nous osons espérer que Abderrahmane TLILI contribue, par son attitude et ses déclarations, à montrer à l’opinion le vrai visage d’un régime qu’il semble ne plus vouloir servir.